Lundi 18 Juin, 2018

Quand un général prône la paix, un très bon livre du Général Jean Cot

Nous vous livrons des extraits du livre « Un monde en paix » paru aux Editions Mayer
Extrait de la 4e de couverture : "Avec une conviction communicative, le général Jean Cot proclame dans cet ouvrage sa foi en une utopie aussi vieille que la guerre : la paix du monde. La guerre, dit-il, n’est pas une fatalité mais un mode aberrant de résolution des tensions inévitables, voire nécessaires. Elle ne résulte pas de réactions en chaîne incontrôlables mais, le plus souvent, de la volonté délibérée de « fauteurs de guerre » qu’il faut identifier, dénoncer, condamner. L’auteur démontre aussi que ces nouveaux types de conflits appellent une réforme profonde des institutions chargées de faire régner la paix dans le monde. Organisation des Nations unies en tête, un changement radical de la politique extérieure des Etats-Unis, et un plus grand rayonnement politique de l’Europe. Il dit enfin l’espérance que suscite la cohorte toujours plus nombreuse des hommes et des femmes qui cultivent et transmettent une véritable culture de paix."

Le général se présente et nous parle de son livre dans l'avant-propos, reproduit ci-après avec l'aimable autorisation de l'auteur.

"Le lecteur pourra se poser la question : un homme qui a consacré sa vie active à préparer la guerre et à la faire est-il le plus habilité à parler de paix ? Mieux vaut donc y répondre par anticipation, en disant brièvement qui je suis.

J’ai connu la guerre à 6 ans, sur le chemin de l’exode, en 1940. En 1944, j’en ai éprouvé l’horreur, à la mort de mon père, fusillé par un peloton d’exécution allemand. A 10 ans, j’ai décidé d’être soldat, sans aucune tradition militaire familiale, non point dans un esprit de vengeance, mais par refus de la guerre et de ses abominations : avec la certitude qu’il ne fallait plus jamais se mettre en situation de la subir. Je suis donc, si l’on veut, un soldat de fortune, c’est-à-dire de hasard, animé d’une vocation précoce et, finalement contingente.

Après Saint-Cyr, fantassin, j’ai fait la guerre en Algérie de 1956 à 1962, avec un court intermède en France ; convaincu, presque jusqu’à la fin, de la nécessité et de la possibilité d’une pacification généreuse à laquelle j’ai travaillé, à ma modeste place, dans l’esprit d’un Lyautey.

De 1963 à 1993, dans des postes d’état-major ou à la tête d’unités de combat, j’ai préparé la guerre pour ne pas la faire, avec passion. Mon dernier commandement a été celui de la 1ère armée française, qui regroupait toutes les unités opérationnelles de l’armée de terre, dans l’hypothèse d’un engagement de l’Otan contre le pacte de Varsovie. Persuadé de la validité de notre stratégie de dissuasion, j’avais  en même temps une claire conscience de ce qu’eut été son échec, scellé par le déclenchement d’une guerre nucléaire. C’est pourquoi je n’ai pas été le dernier à me réjouir de l’implosion d’un monde soviétique qui marquait la fin de décennies de vertige, mais aussi, hélas, le début d’une période d’incertitudes et de chaos localisés.

En juillet 1993, j’ai pris, pour neuf mois, le commandement de la Force de protection des Nations unies en ex-Yougoslavie (Forpronu), tentant de maîtriser « la guerre des autres » sans en avoir le mandat adéquat ni les moyens ;  contribuant en tout cas à soulager la souffrance de populations jetées dans une guerre dont elles étaient les premières victimes, sans en comprendre les raisons.

Voici en résumé mon parcours de soldat, directement impliqué dans la guerre au début et à la fin et travaillant à ma place dans la longue traversée de la guerre froide… pour que celle-ci le reste !

Sur ce fond de vie, je propose donc une réflexion sur la possibilité d’un monde en paix en sachant que le droit ne peut, hélas, faire l’économie de la force.

Je crois profondément que le soldat a une vocation particulière à parler de la paix. Il l’a acquise par défaut, si je puis dire. Il a donc le devoir, avec d’autres, de contribuer à la faire prévaloir partout où elle n’est encore qu’une flamme fragile. Le soldat digne de ce nom est par vocation un faiseur de paix, dont il sait mesurer la douceur."

Merci au Général Cot pour son autorisation et sa contribution.

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